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    Valérie Buist

    Lorsqu’un projet d’affaires est lié à une passion, on voit souvent une différence positive dans l’offre et le service. C’est le cas pour Valérie Buist, savonnière et propriétaire de l’entreprise Belle à croquer dans le village de Sainte-Thècle.

    Plus jeune, Valérie accompagnait souvent son grand-père, savonnier à Saint-Tite, dans son atelier lorsqu’il travaillait. À l’époque, la demande était pour les savons du pays; ceux qu’on faisait avec du gras de porc ou de bœuf. Tranquillement, elle commença à prendre plus de responsabilités, en débutant avec la pesée et le brassage des ingrédients pour finalement en confectionner elle-même.

    Au départ, la savonnerie ne faisait pas partie du son plan de carrière initial. Valérie a tout d’abord étudié en Art et Technologie des médias avant de parfaire ses connaissances en langue anglaise dans l’Ouest canadien. Le séjour ne devait durer que quelques mois pour finalement devenir une aventure de cinq années. C’est en travaillant dans les serres du Château Lac Louise que Valérie eut la piqûre pour les plantes.

    De retour au Québec, elle décide de changer de branche et se dirige en agriculture. En cherchant sa spécialité d’étude entre la fleur ornementale et les fruits et légumes, elle découvre l’amalgame parfait, soit la fleur comestible. Considérant que c’était un domaine plus spécialisé et habituellement moins sollicité par les étudiants, le cadre éducationnel de son établissement scolaire y a vu un nouveau défi. « J’ai eu la chance d’avoir énormément de support parce que tous les techniciens et les professeurs de l’institut où j’allais n’avaient pas eu d’élèves qui voulaient aller dans cette veine-là. »

    C’est à ce moment-là que c’est fait le déclic pour sa prochaine aventure. « En observant, durant mes années d’études, […] j’ai vu qu’il y avait beaucoup de perte. Parce que les fleurs comestibles, si on veut les porter à la bouche, il faut vraiment qu’elles soient impeccables. Déjà que de se porter une fleur à la bouche pour bien du monde, c’est un défi. » Il fallait alors trouver un moyen d’utiliser les fleurs qui n’étaient pas parfaites. C’est de là que l’idée de les utiliser dans ses savons lui est venue. L’institut tenait un marché public où les étudiants pouvaient y offrir leurs produits. Valérie a commencé à y vendre ses premiers savons fabriqués avec ses fleurs.

    À la fin de ses études, Valérie a reçu des offres d’emploi intéressantes, mais le projet de la savonnerie lui tenait beaucoup à coeur. « Je me souviens, j’avais un de mes profs qui me disait: “Valérie, fais-le là [ton projet]. Fais-le là.” Je vais toujours me rappeler de cette personne-là, parce que ç’a été le petit coup de pied que j’avais besoin. […] Alors j’ai décidé de ne pas accepter les offres d’emploi et de me lancer. » Belle à croquer était née.

    « Ç’a été un coup de cœur. »

    Pour établir son projet, il fallait que Valérie trouve un lieu. Malgré son origine de Sainte-Tite, elle n’était jamais venue à Sainte-Thècle auparavant. « J’avais mon projet d’affaires et je cherchais un lieu bucolique qui serait propice à accueillir une savonnerie et des jardins, donc ça prenait quand même une grandeur minimum de terrain. » Sise sur de la pierre battue, il y avait un bâtiment sur le terrain, une vieille grange, sans porte ni deuxième étage. Le bâtiment devint plus tard, la savonnerie.

    L’entreprise

    L’aventure de Belle à croquer est partie d’une passion et continue de l’être. « Je ne suis pas une entrepreneure née qui cherchait un projet d’affaires. […] Moi, c’est une passion qui a fait que je suis devenu entrepreneure. Je suis vraiment passionnée de ce que je fais même après onze ans. C’est viscéral. »

    Avec sa certification végétalienne, l’entreprise propose des produits dont les ingrédients ne proviennent pas d’animaux. L’objectif de Valérie est de se positionner comme une entreprise qui utilise entièrement des ingrédients à base de végétaux tout en offrant un produit de qualité pour les soins du corps. « On a une vision à long terme. On chemine tranquillement vers cette vision qui est de se positionner comme une entreprise de produits organiques. Organiques pas dans le sens Organic (Biologique). Organique qui vient du sol, qui vient du vivant. Une entreprise qui fait les produits de soins corporels top qualité qui sont issus de matières premières organiques. » En plus de la savonnerie, l’entreprise a une division horticole où Valérie fait la production des plantes comestibles et offre aussi des ateliers pour les débutants dans l’univers de la savonnerie.

    La clientèle est plutôt diversifiée. Venant autant de la région que du reste de la province, elle est composée de gens qui sont soucieux des produits qu’ils utilisent. D’autres, qui utilisaient auparavant des produits de grandes chaînes, ont maintenant adopté ou découvrent l’alternative de produits plus naturels qu’offre Belle à croquer.

    Les trois notes

    Comme dans de domaine de la parfumerie, la savonnerie utilise les trois notes olfactives, soit la note de tête, de cœur et de base. La note de tête est la première odeur qu’on perçoit, vient ensuite la note de cœur qui dégage le parfum désiré , celui qui tient plusieurs heures et enfin la note de base qui est l’odeur persistante.

    Pour trouver ses nouvelles recettes, Valérie s’inspire de sa clientèle qu’elle prend le temps d’écouter, de ses enfants et de la nourriture. Ensuite, elle réfléchit au type de savon qu’elle veut réaliser et trouve ses matières premières. La savonnière privilégie les produits locaux de producteurs de la région en qui elle a confiance. En utilisant ces produits locaux, elle encourage par le fait même l’économie de sa région. « Je suis fière des entreprises qui sont ici. Ça donne une personnalité à mon savon. Ça lui donne une signature. »

    Les jeunes entreprises en région

    Les jeunes qui viennent s’installer en région apportent avec eux un vent de nouveauté. L’avantage de lancer une entreprise en milieu rural, c’est que tout est à faire. L’environnement économique tourne beaucoup autour des milieux agricoles et forestiers, alors quand un projet plus niché fait son apparition, il y a un engouement qui se crée. « Tous les nouveaux projets ont été bien accueillis par la communauté, parce qu’on voulait faire revivre le village. »

    Bien que la savonnerie peut être un passe-temps, voire une passion, les connaissances sur le métier doivent être faites sur des bases solides. « Il ne faut pas improviser. Les imposteurs, ça ne dure pas. » Il faut prendre le temps de bien se préparer et de parfaire ses connaissances, car il ne faut pas oublier que dans ce domaine, les produits sont en contact direct avec la peau et que celle-ci est très précieuse. « Bien connaître la peau des gens, bien connaître les problématiques, bien connaître les ingrédients et les bienfaits des huiles. Le but c’est de rendre ton client satisfait et d’aider la personne qui a un problème. » Idéalement, il faut se faire former et lire des sources sûres sur le sujet. Au besoin, travailler avec un chimiste peut s’avérer très pertinent afin de comprendre les molécules et la chimie. « Quand tu comprends ça, tu peux transposer et inventer. »

    En somme, il faut savoir s’adapter et bien s’entourer. « Être conscient de ses forces et de ses faiblesses. De mettre à profit ses forces. D’aller chercher les personnes compétentes pour combler tes lacunes. Il faut être capable d’entendre ce qui ne fonctionne pas, ce que les gens ont moins aimé, les hic, il faut les accueillir et s’en servir comme tremplin. »